Jakob Lenz | Rihm

opéra de chambre

Opéra de chambre de Wolfgang Rihm (né en 1952)
d’après Lenz de Georg Büchner
Livret de Michael Fröhling
Opéra créé en 1979 à Hambourg
Création de cette production 2016, Festival Dialogues, Salzbourg

Les plus belles images, les sons les plus amples
et les plus majestueux se groupent, se dissolvent.
Il ne reste qu’une chose :
une beauté infinie qui passe d’une forme dans l’autre. 

Georg Büchner, Lenz

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Chamber opera Wolfgang Rihm (1952)
Based on Georg Büchner’s Lenz (1835)
Libretto Michael Fröhling
Premiere of the opera 1979, Hamburg
Premiere of this production 2016, Dialogues Festival, Salzburg

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Jakob Lenz est soutenu par l’Adami.

Pour la première édition de son festival, Le Balcon est soutenu par le programme Cerni du Ministère de la Culture, la Caisse des Dépots, la Fondation Fiminco, la Fondation Singer-Polignac, la Sacem, Areitec, Sonic Emotion & La Muse en Circuit. 

Jakob Lenz raconte l’histoire d’une jeunesse frappée par la malédiction du génie.

L’homme a existé, il était l’un des dramaturges les plus brillants du XVIIIe siècle, et d’aucuns disaient que son intelligence était plus prodigieuse encore que celle de Goethe, dont il fut le fraternel ami avant que celui-ci ne rompe avec lui et le vilipende. Lenz avait le visage angélique d’un enfant et était atteint d’un mal bien obscur, qu’on ne nommait pas encore schizophrénie.
La trame de notre histoire relate un épisode tardif de la vie de Lenz : au début de l’hiver 1778, le héros marche dans les montagnes, à la recherche d’un village au cœur des Vosges où, peut-être, il trouvera le salut. Dans ce village, il est protégé et soigné par le pasteur Oberlin, et martyrisé par le visiteur Kaufmann, ainsi que par ses pensées incohérentes et ses émotions instables et cruelles.
Jakob Lenz, c’est de fait une transmission entre trois jeunes génies de la tradition allemande. Georg Büchner, dans le temps de sa très brève existence, a vite compris l’importance de ce personnage historique et de sa souffrance si aiguë, si singulière. Il a tiré de cette histoire et de ses rares sources un texte d’une élévation, d’une concision et d’une poésie violente et douce. Ce texte est aujourd’hui l’un des plus importants de la littérature allemande. Il fut repris par l’écrivain Michael Fröhling, qui le transforma en livret cousu de dialogues flottants, glacials, éthérés.
Wolfgang Rihm est le dernier jeune homme de cette tradition qui traverse les siècles. À l’époque de la composition, il a précisément l’âge du héros. Il est d’une certaine manière naturel que cette pièce ait été assemblée par des artiste vingtenaires : c’est une période de la vie où les symptômes schizophréniques éclatent fréquemment, après des signes avant-coureurs à l’adolescence.
Une des particularités de la musique de Rihm est de retranscrire à merveille la diversité des voix intérieures qui tourmentent Jakob Lenz. Comment exprimer la folie sur une partition ? Par ce chœur de six voix, auquel répondent parfois quelques enfants aux paroles déchirantes. Par ces harmonies vocales complexes, par ces trois violoncelles déchaînés, complétés par vents, percussions et clavecin. Wolfgang Rihm est peut-être le compositeur de l’interdisciplinarité en art : peu de compositeurs savent saisir comme lui l’essence d’un texte ou d’un tableau. De la même manière que l’âme de Lenz est piquée par les voix de sa conscience, l’écriture du jeune Rihm est traversée d’une multitude d’inspirations musicales et artistiques.

Le Jakob Lenz du Balcon est enfin une rencontre entre un personnage et un interprète, Vincent Vantyghem, chanteur et…docteur spécialisé en psychiatrie. Qui de plus indiqué, pour incarner la folie, qu’un homme qui l’observe et la soigne ? Ce rôle, en plus de lui demander une préparation technique intense, est certainement pour lui l’occasion d’une réflexion et d’une expérience physique et philosophique de la folie. La mise en scène vidéo de NIETO permet, elle, une transformation totale de l’espace de la salle de concert, la faisant ainsi tenir tout entière dans le crâne de Lenz et donc de son interprète.
Du cas Jakob Lenz, il ne reste en définitive qu’une chose, résumée par Büchner dans le texte initial : « une beauté infinie qui passe d’une forme dans l’autre ».

« Büchner’s Lenz is a description of the conditions within a process of collapse, moments of destruction already occurred but not yet accepted, evident in the points of contact with the environment. And it was those points of contact which Michael Fröhling attempted to reconstruct onstage.

The musical consequence : an hour of extreme chamber music. Although Lenz acts on many levels – or tries to or believes he is – he has no room to manoeuvre. That is why he is also tightly interwoven in his sonic surroundings; the voices which only he hears are just as much himself as the two men with whom he foregathers. They evoke responses which he deeply desires.

In Jakob Lenz, the human aspects often switch to magical ones, since the realism of a self-suasive, unhinged soul takes on sur- real traits – or we simply cannot understand that otherwise except as not being real. A character like Jakob Lenz on the stage is complex due to the fact alone that it harbours many stages within itself, and music must represent those constantly present stages. »

Wolfgang Rihm, 1979.
Source : Universal Edition.

Direction musicale | Musical direction Maxime Pascal
Mise en scène/vidéo | Staging and video design Nieto
Projection du son | Sound projection Florent Derex
Scénographie | Set design Myrtille Debièvre

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Jakob Lenz : Vincent Vantyghem (Baryton)
Kaufmann : Michael Smallwood (Ténor)
Oberlin : Damien Pass (Baryton/basse)

Choeur | Choir
Parveen Savart (soprano)
Léa Trommenschlager (soprano)
Elise Dabrowski (mezzo-soprano)
Emmanuelle Monier (mezzo-soprano)
Florent Baffi (basse)
Andriy Gnatiuk (basse)

Trois enfants (les esprits) | Three children (the spirits) Bérénice Arru, Gaspard Cornu, Georges Geyer.

Orchestre | Orchestra
Guillaume Gerbaud : Hautbois
Paul Atlan : Hautbois, cor anglais
Ghislain Roffat : Clarinette, clarinette basse
Julien Abbes : Basson, contrebasson
Henri Deléger : Trompette, trompette piccolo
Jean-Charles Dupuis : Trombone
Alain Muller : Clavecin
Benoît Maurin : Percussions
Askar IshangaliyevElisa Huteau & Myrtille Hetzel : Violoncelles