
Donnerstag aus Licht, le film
Karlheinz Stockhausen
Donnerstag aus Licht
Un film de David Daurier
Direction musicale : Maxime Pascal | Mise en scène : Benjamin Lazar
Donnerstag aus Licht (Jeudi de Lumière) présente Michaël.
Dans le récit de sa jeunesse, on le voit aimer et perdre ses parents, tomber amoureux d’Ève, et réussir l’examen d’entrée au conservatoire.
Après un extraordinaire tour du monde où il découvre les rites et les cultures de nombreux peuples, il retourne sur sa planète Sirius, où il est célébré par Ève et moqué par Lucier.
Nostalgique, il confie son amour de l’humanité.
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Donnerstag aus Licht – Acte 3
Synopsis : Le Retour de Michaël
Le Retour de Michaël est le troisième acte de l’œuvre musico-dramatique Donnerstag (Jeudi), extraite du cycle des sept jours de la semaine, Licht (Lumière).
Cet acte comprend deux scènes qui se succèdent directement.
Festival – Vision
Le troisième acte dure 78 minutes environ.
Les personnages en sont :
Michaël
Voix – ténor
Instrument – trompettiste
Corps – danseur
Ève
Voix – soprano
Instrument – corniste de basset
Corps – danseuse
Lucifer
Voix – basse
Instrument – tromboniste
Corps – danseur mime (« diable »)
deux enfants (« anges ») jouant du saxophone soprano
un créateur (une créatrice) d’images avec trois compositions de lumière
une vieille femme
un messager
cinq groupes de chœur live
un orchestre
Des Chœurs invisibles chantent tout autour des auditeurs.
Musique, texte, danse, actions et gestes ont été composés par Stockhausen.
Seuls les trois textes des Chœurs invisibles ont été empruntés à la tradition hébraïque.
Chœurs invisibles du Jeudi de Lumière*
Premier texte (chanté en hébreu)
Le jugement dernier (extrait du Testament de Moïse [X, 1, 3, 4, 5, 8 et 9])
Alors sur toute la création Son Règne sera manifesté.
Alors c’en sera fait du diable et de la tristesse avec lui. […]
Car de son Trône royal se lèvera le Céleste. […]
Et la terre tremblera. […]
Le soleil cessera de donner sa lumière ; ténèbres deviendront les cornes de la lune […] ; bouleversée sera l’orbite des étoiles. […]
Alors, Israël, heureux seras-tu ! […]
Et Dieu t’élèvera.
Deuxième texte (chanté en allemand)
La fin des temps (extrait de l’Apocalypse syriaque de Baruch [LI, 7, 8, 10])
Des merveilles leur apparaîtront en leur temps.
Car ils verront le monde qui leur est maintenant invisible et ils verront le temps qui leur est maintenant caché. […]
Car ils demeureront dans les hauteurs de ce monde-là […] ; ils seront transformés en toute forme qu’ils voudront, de beauté en grâce, de lumière en splendeur de gloire.
Troisième texte (chanté en hébreu)
La fin des temps (extrait de l’Apocalypse syriaque de Baruch [LXXIII, 2 et 6])
Alors la guérison descendra en rosée […] ; le souci, l’angoisse et le gémissement s’éloigneront des hommes et l’allégresse cheminera à travers la terre entière. […]
Alors les bêtes sauvages viendront de la forêt […] pour se soumettre à un enfant.
Quatrième texte (chanté en hébreu)
Hymne (extrait du Testament de Lévi [XVIII, 5, 10 et 14])
Les cieux seront dans la jubilation […], la terre se réjouira, et les nuées seront dans l’allégresse. […]
C’est lui qui ouvrira les portes du Paradis, et qui écartera l’épée qui menace Adam. […]
Alors Abraham, Isaac et Jacob seront dans la jubilation, moi aussi je me réjouirai, et tous les saints se revêtiront de justice.
* Écrits intertestamentaires, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1987
Scène 1 : Festival
… et un globe terrestre en souvenir de son voyage autour de la terre.
Mais le diable s’en mêle qui, en kobold et danseur-à-claquettes-tromboniste, entraîne Michaël dans un cruel combat.
L’apparition de deux enfants (« anges ») jouant des saxophones soprano, fige tout le monde dans un enchantement.
Un messager arrive, annonçant que Lucifer cause à nouveau des problèmes.
Lucifer-basse vocifère dans la salle et se moque de tous.
Michaël a un vif échange avec lui, qui se termine par l’injonction :
« Ne peux-tu donc pas, une fois au moins, nous laisser célébrer une fête en paix ? »
Dégoûté, Lucifer quitte l’assemblée.
Scène 2 : Vision
Vision, pour ténor, trompette, danseur, orgue électrique, bande magnétique et jeu d’ombres, est la dernière scène du Jeudi de Lumière.
Durée : 50’ environ
Création : Amsterdam, Concertgebouw, dans le cadre du Holland Festival, 14 juin 1980, sous la direction de Péter Eötvös
Commande de la NOS Radio, Hilversum
« Festival est dédié à mon fils Simon, âgé de 12 ans, qui, dans l’un des deux rôles d’enfant (“ange”), joue du saxophone soprano. »
Durée : 28’ environ
Création : Milan, Teatro alla Scala, 15 mars 1981
Vision est « dédiée à Wolfgang Becker qui, pendant la genèse du Jeudi de Lumière (1978-1980), et en sa qualité de directeur du département de Musique nouvelle de la WDR de Cologne, permit la réalisation de répétitions, d’enregistrements, d’exécutions de concert du premier et du troisième actes, et enfin l’assistance technique des représentations scéniques à La Scala, grâce au Studio de musique électronique de la WDR de Cologne.
Sans son aide, cette œuvre n’aurait pas pu voir le jour en tout juste trois ans, et être revue et corrigée de part en part, dans tous ses détails, à travers des répétitions de plusieurs mois. »
Michaël rentre sous une triple forme dans sa résidence céleste.
Ève – également présente sous une triple forme –, ainsi que les chœurs et l’orchestre le saluent par un hymne.
Michaël remercie : Jeudi – Jour de célébration de l’incarnation de Michaël.
Michaël s’adresse sous une triple forme :
voix – ténor
instrument – trompette
corps – danseur
« Unissons notre lumière afin de renouveler les jours terrestres. »
Ève lui offre des présents :
trois plantes,
trois compositions de lumière.
(Une très vieille femme interrompt de façon magique la célébration.)
Le ténor chante sur le mib de la formule de Michaël, étendue sur toute la durée de la Vision.
Le trompettiste commence avec la formule de Lucifer jouée staccato, à laquelle il ajoute à chaque nouvelle hauteur du ténor, et au cours de quinze transpositions cycliques, une hauteur supplémentaire (tenue) de la formule de Michaël, jusqu’à ce qu’elle soit complète.
Le danseur relie les deux par une série de gestes qui mettent en lumière l’esprit des sons et des paroles : main gauche et bras gauche suivent le ténor, qui se tient à gauche, derrière lui, main droite et bras droit suivent le trompettiste qui se trouve à droite, derrière lui.
MICHAËL (s’adressant au public)
Lucifer, le plus distingué d’entre les anges, se révolta lorsque l’homme fut créé.
Il prit l’apparence du serpent et se joignit à la procréation.
Pour une ère terrestre, Gabriel a enchaîné le dragon Lucifer et, avec lui, tous les chefs des rebelles, et il a banni son ministre Satan au centre de la terre.
Depuis ce temps, les Fils de Lumière combattent les Fils des Ténèbres.
Moi – esprit de l’Esprit Michaël – je suis devenu homme.
Je voulais savoir ce que c’est que d’être un homme.
Je voulais absolument tout ressentir de ce que peut ressentir un homme.
J’ai vécu la souffrance de l’homme, ce qu’il y a en lui de mesquin, de ridicule.
J’ai éprouvé son côté enfantin et sa joie, son bonheur.
(Les trois Michaël reculent vers le côté droit.)
Vous m’avez entendu et vu :
ma voix – le ténor
mon instrument – la trompette
mon corps – le danseur.
À travers sept jeux d’ombres, Michaël a maintenant la Vision de sept moments de sa vie, qu’il commente.
Sept mots apparaissent en lettres lumineuses, et leurs initiales s’ajoutent peu à peu les unes aux autres pour former son nom, Michaël.
MICHAËL
J’ai vécu :
les Mélodies de l’Enfance avec mère et père
l’Intensité de l’amour à travers Lunève
la Chromatique des âmes dans l’Examen
l’Harmonie des langues lors du Voyage autour de la terre
l’Audiogrammaire des sentiments dans la Crucifixion
l’Extase de la polyphonie dans l’Ascension
la Lumière de la résurrection lors du Retour.
À la fin du septième jeu d’ombres réapparaît (comme dans Le Retour déjà) l’arc de lumière merveilleux, auquel s’ajoute d’abord en son centre un anneau bleu, puis deux concentriques, puis trois.
Les ombres et l’arc de lumière se dissipent, seuls restent les trois anneaux bleus.
Les trois Michaël se tournent brusquement à nouveau vers le public et s’avancent jusqu’au milieu du bord de la scène.
MICHAËL (s’adressant de nouveau au public)
Lucifer, le Prince de Lumière, ne voulut jamais qu’un ange s’abaissât, qu’un de ses frères – et surtout pas un fils direct de Dieu – s’incarnât dans un obscur corps humain.
Car Lucifer méprise ce monde d’hommes : c’est pour cela que Lucifer cause des problèmes.
Et moi, néanmoins, je suis devenu homme, afin, le temps d’une journée du monde, de vivre dans l’ignorance – pressentant seulement ce qu’est un ange, un ange-creator, une divinité, Dieu de l’univers – afin de naître du sein d’une mère humaine, de grandir, d’apprendre, de tendre vers un idéal, et comme un enfant d’imaginer à partir de sons des jeux qui même sous forme humaine parviennent encore à toucher des âmes d’anges :
Tel est le sens du Jeudi de Lumière.
Homme je suis devenu, afin de me voir, ainsi que Dieu le Père, en tant que Vision humaine, afin de porter de la musique céleste aux hommes et de la musique humaine aux célestes pour que l’homme écoute Dieu et que Dieu entende ses enfants.
Et je sais que nombre d’entre vous se moqueront de moi si je vous chante :
Je me suis pris d’un amour immortel pour les hommes, pour cette terre et ses enfants – malgré Lucifer – malgré Satan – malgré tout…
Les Michaël promènent leur regard le long des rangées du public, en haut de gauche à droite, puis en bas de droite à gauche, pour revenir au centre.
Finalement, ils s’inclinent de telle sorte que l’on sente que voilà venue la fin du Jeudi de Lumière – Jour de Michaël.
Adieu du Jeudi
Après la Vision apparaissent sur cinq toits ou balcons entourant la scène de l’opéra cinq trompettistes en costume de Michaël – éclairés comme des figures de tour sculptées – qui répètent indépendamment les uns des autres, et comme des signaux, chacun un membre de la formule de Michaël, en observant de très longs silences de durées différentes, ceci pendant trente minutes environ.
Les cinq trompettistes s’arrêtent les uns après les autres dans l’ordre de la formule et se retirent d’une façon stylisée.
Karlheinz Stockhausen
(traduction de l’allemand, d’après Ralph Alexandre Fassey)
