
Dans Les Enfants terribles, la musique de Philip Glass semble parfois suspendre le temps par la répétition de motifs hypnotiques. Cette exploration d’espaces sonores nouveaux, où le temps se dilate dans une expérience sensorielle, anime de nombreux compositeurs depuis la seconde moitié du 20e siècle. Confortablement allongé dans la pénombre du Grand foyer, franchissez le seuil de la nuit et traversez les frontières du son.
De l’obscurité émergent d’abord les audaces sonores de Giacinto Scelsi (1905-1988). En jouant pendant des heures une seule note sur un piano, auscultant ses moindres variations, l’Italien a fondé son esthétique sur le son unique et sa profondeur. Manto est écrite pour alto solo avec des interventions vocales du musicien : c’est une œuvre intime et rituelle, fusion de l’instrument et de la voix. Dans Xnoybis pour violon solo, Scelsi sculpte des intervalles presque imperceptibles autour d’une note centrale, tandis que chaque corde est accordée différemment pour créer des frictions acoustiques. Ces deux pièces précèdent l’un des quatre Archipels d’André Boucourechliev (1925-1997), dont la partition est parsemée d’îles dans le grand blanc du papier. Elles présentent des structures qui définissent, tantôt de manière graphique, tantôt avec une écriture musicale traditionnelle, des types de sons, des gestes ou des rythmes. Au moment du jeu, les musiciens choisissent ensemble — et en réaction les uns aux autres — les trajectoires entre ces îles. Ainsi, l’œuvre ouverte et mobile se trouve sans cesse recréée.La soirée nous plonge ensuite dans la musique envoûtante de Georg Friedrich Haas. Le compositeur autrichien, né en 1953, est une figure majeure du mouvement spectral : son utilisation des micro-intervalles de ton dessine un monde ambigu, instable. Lui aussi s’intéresse aux structures répétitives, mais là où Glass les emploie pour construire des architectures lumineuses, Haas cherche à « chatouiller le corps en des endroits inhabituels ». Les deux pièces pour clarinette, violoncelle et piano de ce programme confrontent l’individualité de chaque instrument au son global du trio, dans un jeu de clair-obscur inspiré par les évènements célestes.
Plus tard dans la nuit, Augustin Muller, membre du Balcon et réalisateur en informatique musicale à l’Ircam, interprète une heure de musique électronique inspirée par le monde sonore de Philip Glass.
Samedi 7 mars 21h
Samedi 7 mars 22h45
Dimanche 8 mars : 0h30
Durée : 1h par concert