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Le Chant de la terre

Mahler | Schönberg

Six ans après la Symphonie fantastique, voici le deuxième album du Balcon, sortie le 27 mai 2022 !

En concert cet été :
• 1er juin : Concert au Festival de Saint-Denis
• 2 juillet : Concert au Festival du Château de Chambord
• 29 juillet : Concert au Festival Messiaen au Pays de la Meije

Gustav Mahler
Das Lied von der Erde (1907)
Version pour orchestre de chambre par Arnold Schönberg (1920), achevée par Rainer Riehn (1983)

Conception et suivi artistique par Baptiste Chouquet et Rémy Gassiat / B media
© 2022 b•records / Le Balcon – www.b-records.fr – Made in LT – LBM042 – Durée : 1h03

Enregistrement à la Basilique de Saint-Denis lors du Festival de Saint-Denis le 2 juillet 2020.

Le Balcon
Direction musicale Maxime Pascal

Ténor Kévin Amiel
Baryton Stéphane Degout

Flûte Claire Luquiens
Hautbois Ye Chang Jung
Clarinette Iris Zerdoud
Basson Julien Abbes
Cor Joël Lasry
Piano Alphonse Cemin
Harmonium et célesta Sarah Kim
Percussions François-Xavier Plancqueel & Akino Kamiya
Violon You-Jung Han, Valentin Broucke
Alto Andrei Malakhov
Violoncelle Askar Ishangaliyev
Contrebasse Simon Guidicelli

Enregistrement à la Basilique de Saint-Denis lors du Festival de Saint-Denis le 2 juillet 2020 – Direction artistique, prise de son et mixage : Baptiste Chouquet – Directrice de production du concert : Iris Zerdoud – Attaché de production et de communication : Gaspard Kiejman – Régie générale : Cédric Joder – Collaboration éditoriale et direction artistique captation : Florent Derex – Réalisateur tournage : David Daurier – Ingénieur du son : Pierre Favrez – Assistant son : Aurélien Bourgois – Montage : Émilie Ruby –Directeur artistique collections Classique : Baptiste Chouquet – Directeur général : Rémy Gassiat – Label manager : Margaux Willems – Graphisme : Studio Mitsu – Interview : Tristan La- bouret – Édition : Marianne Lagueunière – Traduction : Astra d’Oudney/Scorpio (livret), Emily Ezust (trad. anglaise des poèmes) et Guy Laffaille (trad. française des poèmes) avec l’autorisation de LiederNet Archive – Illustration de couverture : Raphaël Serres – Photos musiciens : Gaspard Kiejman – LBM042 – www.b-records.fr – Avec l’aimable autorisation de Camera Lucida

Entretien de Maxime Pascal réalisé par Tristan Labouret

Vous faites vos débuts au disque dans l’univers de Gustav Mahler avec Le Chant de la Terre, un de ses derniers ouvrages, souvent qualifié de crépusculaire… Pourquoi ce choix, que certains pourront trouver audacieux ?
Mahler est un compositeur qui m’accompagne depuis longtemps et dont j’ai dirigé la musique très tôt dans ma carrière. Quand j’étais étudiant au Conservatoire de Paris dans la classe de direction d’orchestre de François-Xavier Roth, j’avais d’ailleurs déjà étudié cette transcription du Chant de la Terre par Arnold Schönberg. Je me sens bien dans la musique de Mahler en général et dans cette œuvre plus particulièrement : j’y perçois des liens avec des mondes qui me sont proches, avec les Quatre Chants pour franchir le seuil de Gérard Grisey par exemple, que j’ai également découverts très jeune. Ces deux œuvres ont des similitudes étranges. Elles sont écrites sur des textes très anciens, par des compositeurs au crépuscule de leur vie, elles seront créées après la mort de leur auteur et, surtout, elles se terminent de la même fa-
çon : à la fin des Quatre Chants pour franchir le seuil, le soleil va se lever après le Déluge ; à la fin du Chant de la Terre, il est dit que la terre fleurira à nouveau… Ce sont donc des œuvres très profondes, qui donnent à entendre une musique de l’éveil. La première fois que j’ai dirigé Le Chant de la Terre en entier en tant que chef invité, c’était d’ailleurs avec l’Orchestre de l’ESMD de Lille, constitué uniquement de très jeunes musiciens. Cela donnait une couleur toute particulière à l’œuvre, surtout dans le dernier mouvement. C’était fou de voir tous ces jeunes artistes faire résonner cet « Abschied » !

Arnold Schönberg avait dit à Gustav Mahler qu’il était pour lui un modèle. Dans quelle mesure serait-il également un modèle pour vous ?
C’est un modèle pour une question très technique, qui revient sans arrêt dans mon travail – c’était le cas encore ce matin, quand j’étudiais une partition de Stravinsky ! Mahler écrit des « figures dramatiques », c’est ce qui fait la force de sa musique. Il s’agit de gestes sonores qui combinent différents paramètres (mélodie, rythme, dynamique, timbre…). Gilles Deleuze en parle très bien dans son Abécédaire en utilisant un terme différent. Il dit que Mahler est le compositeur de la « ritournelle » : dans Le Chant de la Terre, on entend ainsi la ritournelle de la taverne, la ritournelle de l’appel, etc. Ces ritournelles ou figures dramatiques sont autant de gestes autonomes évocateurs, de personnages ; et c’est l’accumulation de ces personnages qui forme le tableau général, comme dans les toiles de Jérôme Bosch ou Pieter Brueghel. C’est pour cette raison que Mahler est aussi important pour Schönberg et Alban Berg, qui vont utiliser exactement le même procédé. Et aujourd’hui, Michaël Levinas compose également de cette façon ; ce concept de « figure dramatique » me vient de lui. Or ce concept permet de donner une réalité, une corporalité très concrète à la musique. C’est en cela que Mahler est un modèle pour moi. Prenez par exemple le refrain du Finale du Concerto pour violon de Beethoven, ses cinq premières notes : si l’on considère qu’il s’agit d’une figure dramatique, d’un personnage, si l’on se demande ce qu’il évoque, ce qu’il raconte, d’où il vient, qui il est, cela permet d’incarner immédiatement l’interprétation musicale.

Venons-en au tableau général du Chant de la Terre. Comment considérez-vous cette forme étrange, entre le cycle de Lieder et la grande symphonie, avec six mouvements de longueurs complètement différentes, dont un Finale immense ?
Pour répondre à cette question, il faut se demander à quoi ressemble cette œuvre. La Deuxième Symphonie de Mahler proposait déjà ce déséquilibre vers le Finale mais c’est sans doute la Neuvième Symphonie de Beethoven qui s’approche le plus du Chant de la Terre dans la forme, avec cette succession de mouvements indépendants qui vont prendre toute leur signification et toute leur force à la fin de l’ouvrage. On retrouve cela dans Le Chant de la Terre : le premier mouvement et « Der Abschied » sont les piliers de l’œuvre, deux colonnes gigantesques qui permettent d’accéder à ce temple musical. Quant aux autres mouvements, ils sont autonomes. Un réseau de significations les relie avec notamment une construction en miroir, en arche, du deuxième au quatrième mouvement – au centre, le troisième mouvement traite d’ailleurs du reflet dans l’eau, du miroir, du pont… Mais au-delà de ces considérations, il faut accepter le déséquilibre de la forme voulue par le compositeur, il faut faire confiance à l’œuvre.

Bruno Walter, créateur du Chant de la Terre, disait que « nul ne peut – et ne devrait – faire de la musique s’il ne considère pas le chant comme l’expression la plus musicale de toute interprétation ». Est-ce ce qu’il faut viser dans l’œuvre de Mahler ?

Dans un des poèmes chinois qui ont inspiré Le Chant de la Terre, on trouve cette phrase qui résume toute sa musique : « Si je cesse de chanter ou de rire, personne au monde ne saura combien je suis triste. » Mahler compose soit du chant, soit des scherzos sarcastiques, diaboliques, c’est-à-dire du rire. Il y a du rire tout le temps ! La musique de Mahler consiste en une quantité de personnages un peu monstrueux qui rient, qui chantent, qui dansent. Chez Mahler, le chant et le rire expriment la tragédie du monde, la tragédie absolue qu’est l’existence sur terre.

Entretien complet dans le livret du CD !


Raphaël Serres – son Insta